Dans le cadre de la comptabilité en partie double, les créances ne se limitent pas aux factures clients à encaisser dans les prochaines semaines. Certaines créances ont un horizon bien plus long. Le compte 29 créances long terme regroupe l’ensemble des créances dont le terme contractuel dépasse un an. Il fait partie de la classe 2 du PCMN, aux côtés des autres actifs immobilisés de votre société.

En résumé
  • Le compte 29 enregistre toutes les créances dont l’échéance contractuelle dépasse 12 mois ;
  • Il se divise entre créances commerciales (290) et autres créances (291) ;
  • Chaque fin d’exercice, la partie à encaisser dans les 12 mois suivants est reclassée en classe 4 ;
  • Une réduction de valeur est obligatoire si le recouvrement devient incertain ;
  • La valeur nominale inscrite au bilan peut intégrer des intérêts à régulariser via les comptes 4930.

 

Compte 29 créances long terme : définition et périmètre

Le compte 29 regroupe les créances dont le terme contractuel est supérieur à un an. Il s’agit d’actifs inscrits à l’actif du bilan, dans la rubrique V de l’actif. L’AR du 29 avril 2019 précise que les créances ou la partie des créances à plus d’un an qui viennent à échéance dans les douze mois sont extraites de cette rubrique et reclassées en classe 4.

Concrètement, le compte 29 regroupe deux grandes catégories.

Sous-compteLibelléContenu
290Créances commercialesCréances liées à l'activité habituelle de la société (objet social)
2907Créances douteusesCréances commerciales dont le recouvrement est incertain
2909Réductions de valeur actéesCorrections de valeur sur créances commerciales
291Autres créancesCréances hors objet social (ex. : sur actionnaires, dirigeants)
2917Créances douteusesCréances diverses dont le recouvrement est incertain
2919Réductions de valeur actéesCorrections de valeur sur autres créances

 

Créances commerciales ou autres créances : quelle différence ?

Une créance relève du compte 290 si elle entre dans l’activité courante de la société, telle que définie dans les statuts. Par exemple, une société de leasing qui accorde un financement à long terme inscrit ce montant en 290, car cela constitue son activité normale.

En revanche, une créance sur un actionnaire ou un dirigeant d’entreprise ne relève pas de l’objet social. Elle s’enregistre alors en compte 291. Dès lors, lisez attentivement vos statuts : il faut distinguer les opérations habituelles des opérations simplement autorisées.

 

Valorisation et règles d’évaluation des créances à plus d’un an

Les créances à plus d’un an figurent au bilan à leur valeur nominale. Toutefois, des règles spécifiques s’appliquent selon la nature des intérêts éventuellement inclus.

 

Trois situations à distinguer selon les intérêts

 

Intérêts conventionnellement inclus dans la valeur nominale

Lorsqu’une créance inclut des intérêts calculés à un taux normal, la valeur nominale est inscrite au bilan. Les intérêts non encore acquis sont portés en compte 4930 (Produits à reporter) et repris en résultats au fur et à mesure.

 

Différence entre valeur d’acquisition et valeur nominale

Si la différence entre les deux valeurs provient d’un accord entre parties, sans lien direct avec un taux d’intérêt, les écritures sont identiques au cas précédent.

 

Créance sans intérêt ou à taux anormalement faible

Dans ce cas, la créance est inscrite à sa valeur nominale, mais un escompte est calculé au taux du marché. La différence entre la valeur nominale et la valeur actuelle de la créance est portée en 4930. Cet escompte est progressivement repris en résultats sur la durée de la créance.

À savoir
Les intérêts inclus dans une créance à plus d’un an ne peuvent pas être compensés avec des frais ou commissions liés à l’opération. Ils doivent impérativement apparaître de manière distincte dans vos écritures comptables.

La phrase suivante illustre la logique générale : plus la créance est longue et sans intérêt, plus l’écart entre valeur actuelle et valeur nominale est significatif.

Exemple

Votre société de conseil conclut une convention en année N. Vous réalisez une mission pour un client dont la valeur s’élève à 60 000 €, remboursable dans deux ans sans intérêt. Le taux du marché applicable est de 4 %.

La valeur actuelle de la créance se calcule ainsi : 60 000 / (1 + 0,04)² = 55 473,37 €.

Vous enregistrez en compte 2900 la valeur nominale de 60 000 €, en contrepartie du chiffre d’affaires (7000) pour 55 473,37 € et des produits à reporter (4930) pour 4 526,63 €. Chaque année, vous reprenez progressivement cet escompte en résultats via le compte 7510.

 

Réductions de valeur : quand et comment les appliquer ?

Une réduction de valeur sur le compte 29 créances long terme devient obligatoire dès que le remboursement à l’échéance est en tout ou en partie incertain ou compromis. Elle est également possible si la valeur de réalisation à la clôture est inférieure à la valeur comptable.

 

Comment calculer la réduction de valeur ?

La réduction de valeur s’applique toujours sur le montant hors TVA de la créance. C’est une règle fondamentale : la TVA ne fait pas partie de votre créance commerciale propre, elle reste due à l’État.

En pratique, lorsqu’une créance devient douteuse, vous la transférez d’abord dans le sous-compte 2907 (ou 2917). Ensuite, vous actez la réduction de valeur via le compte 6330 en contrepartie du compte 2909.

Exemple

Votre société détient une créance long terme de 7 260 € (dont 1 260 € de TVA) sur un client en difficulté financière. Vous décidez d’acter une réduction de valeur de 50 %.

Étape 1 : transfert en créances douteuses. Débit 2907 : 7 260 € / Crédit 2900 : 7 260 €

Étape 2 : calcul de la réduction de valeur sur le montant HTVA, soit 6 000 € × 50 % = 3 000 €. Débit 6330 : 3 000 € / Crédit 2909 : 3 000 €

La pièce justificative est la décision de l’organe d’administration.

 

Reclassement en fin d’exercice : une opération incontournable

Le reclassement des créances à plus d’un an est l’une des opérations d’inventaire les plus importantes. À chaque clôture, vous devez transférer vers la classe 4 la partie des créances qui deviendra exigible dans les 12 mois suivants. Ce reclassement s’effectue au débit du compte 4000 et au crédit du compte 2900.

 

Quand effectuer ce reclassement ?

Le transfert ne s’opère qu’en fin d’exercice. Pendant l’année, les créances restent inscrites dans leur compte d’origine. C’est uniquement lors des opérations d’inventaire que vous procédez au reclassement, sur la base du tableau de remboursement ou des échéanciers contractuels.

Par ailleurs, si des intérêts ont commencé à courir sur une échéance du début de la période suivante, vous devez également régulariser ces intérêts pro rata temporis via le compte 4910 (Produits acquis) en contrepartie du compte 7510.

À retenir
Le reclassement du compte 29 vers la classe 4 ne se fait qu’une fois par an, lors de la clôture. Pensez à vérifier vos tableaux de remboursement pour calculer précisément les montants à transférer pour l’exercice suivant.

 

Cas particulier : les créances de location-financement

Lorsque votre société accorde un leasing (vous êtes le donneur), la créance sur le preneur s’inscrit dans le compte 29. Le classement dépend ensuite de la nature de l’activité.

Si le leasing constitue votre activité normale, la créance figure en 2900 (créances commerciales). S’il s’agit d’une opération occasionnelle, elle relève du compte 2910 (créances diverses). Dans les deux cas, la partie à rembourser dans l’année suivante est reclassée vers le compte 4000 lors de chaque clôture.

La gestion d’un contrat de leasing implique également de comptabiliser les intérêts séparément du capital remboursé, sur la base du tableau de remboursement.

 

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