Chaque année, votre société clôture ses comptes et l’assemblée générale doit décider de l’affectation du bénéfice. Cette décision est stratégique : elle influence directement ce que vous pouvez retirer de votre société, mais aussi sa solidité financière. Comprendre comment affecter le bénéfice de votre société vous permet de faire un choix éclairé, en lien avec votre stratégie globale pour sortir l’argent de sa société.

En résumé
  • L’assemblée générale décide chaque année comment affecter le bénéfice de la société ;
  • Quatre options principales existent : report du résultat, réserve de liquidation, dividende ou tantième ;
  • Toute distribution est soumise à des tests légaux (actif net et, pour les SRL, liquidité) ;
  • Chaque option a un traitement fiscal différent : précompte mobilier pour les dividendes, impôt des personnes physiques pour les tantièmes ;
  • Des régimes avantageux (VVPRbis, réserve de liquidation) permettent de réduire la charge fiscale.

 

Qu’est-ce que l’affectation du bénéfice d’une société ?

À la clôture de chaque exercice comptable, votre société dégage un résultat net. Ce résultat correspond au bénéfice après impôt des sociétés. Il s’ajoute à l’éventuel résultat reporté des années précédentes pour former le montant total à affecter. L’assemblée générale ordinaire approuve les comptes annuels et décide de cette affectation.

Quatre options principales s’offrent à vous. Elles peuvent se combiner au sein d’un même exercice. Le tableau ci-dessous résume les caractéristiques fiscales des quatre options.

OptionsCoût fiscal immédiatDéductible pour la sociétéLiquidités immédiatesCotisations sociales
ReportAucunNonNonNon
Réserve de liquidation10 % (cotisation distincte)NonNonNon
Dividende30 % ou 15 % en VVPRbis (PM)NonOuiNon
TantièmeCotisations sociales + IPPOuiOuiOui

 

Option 1 : reporter le bénéfice

Le report est l’option la plus simple. Le bénéfice reste dans la société et vient renforcer ses fonds propres. Il apparaît au bilan comme “bénéfice reporté” et reste disponible pour les exercices suivants.

Cette option est intéressante si votre société prévoit des investissements ou souhaite consolider sa trésorerie. Elle convient aussi si vous attendez que le régime VVPRbis devienne accessible.

Il n’y a aucun coût fiscal immédiat. En revanche, l’argent reste bloqué dans la société jusqu’à une décision ultérieure de distribution.

À retenir
Les sociétés anonymes ont une obligation spécifique. Chaque année, 5 % du bénéfice net doit être affecté à la réserve légale, jusqu’à ce que celle-ci atteigne 10 % du capital. Cette contrainte ne s’applique pas aux SRL.

 

Option 2 : affecter à la réserve de liquidation

Les petites sociétés peuvent affecter tout ou partie de leur bénéfice à une réserve de liquidation. La société paie une cotisation distincte de 10 % au moment de la constitution. En contrepartie, la distribution ultérieure est fiscalement avantageuse.

Deux scénarios s’ouvrent lors de la distribution :

  • À la liquidation de la société : aucun précompte mobilier supplémentaire. Coût fiscal total : 10 % ;
  • En cours de vie sociale : précompte mobilier réduit de 6,5 % après 3 ans d’attente (sur le montant net après cotisation distincte), soit une charge totale de 15 %. Un projet de loi prévoit de porter ce taux à 9,8 %, soit 18 % au total.

⚠️ La cotisation de 10 % est définitivement perdue si votre société ne peut plus distribuer la réserve (difficultés financières, faillite, tests non respectés). Il est donc déconseillé de constituer une réserve de liquidation si la santé financière de votre société est incertaine.

 

Distribuer une réserve de liquidation constituée antérieurement

Si votre société a constitué une réserve de liquidation lors d’un exercice précédent, vous pouvez décider de la distribuer lors de l’assemblée générale annuelle, dès que le délai de 3 ans est écoulé. Cette distribution est soumise au précompte mobilier réduit de 6,5 % et suit les mêmes règles que celles décrites ci-dessus.

Concrètement, cela signifie que l’assemblée générale peut, au cours d’un même exercice, décider simultanément d’affecter le bénéfice de l’année en cours à une nouvelle réserve de liquidation et de distribuer une réserve constituée il y a au moins 3 ans.

À savoir
Pour les réserves constituées lors d’un exercice clôturé avant le 31 décembre 2025, vous pouvez choisir : distribuer après 3 ans à 6,5 %, ou attendre 5 ans pour bénéficier de l’ancien taux de 5 % (charge totale d’environ 13,6 %).

 

Option 3 : distribuer un dividende

Le dividende est versé aux actionnaires, en proportion de leur participation. Il ne génère pas de cotisations sociales pour le bénéficiaire et n’est pas déductible pour la société. Deux régimes fiscaux coexistent.

 

Dividende ordinaire : précompte mobilier de 30 %

Le dividende ordinaire supporte un précompte mobilier de 30 % retenu à la source par la société. Chaque actionnaire bénéficie d’une exonération annuelle sur une première tranche de 833 € de dividendes.

En pratique, la société retient le précompte mobilier de 30 % sur la totalité du dividende au moment de la distribution. L’actionnaire déclare ensuite ce dividende dans sa déclaration IPP l’année suivante. Il récupère ainsi le précompte payé sur la tranche exonérée de 833 €, soit jusqu’à 249,90 €, environ un an plus tard.

💡 Conseil
Distribuez au minimum 833 € de dividende par actionnaire chaque année. Cette tranche est exonérée de précompte mobilier et récupérée via la déclaration IPP. Le montant total à distribuer dépend de la répartition des parts entre actionnaires.

Il est donc utile de calculer le montant minimum à distribuer pour que chaque actionnaire atteigne sa tranche exonérée.

Exemples

Cas 1 : deux actionnaires à 50/50 La société distribue 1 666 € au total. Chaque actionnaire perçoit 833 €, récupère 249,90 € de précompte via sa déclaration IPP. Charge fiscale finale : zéro.

Cas 2 : deux actionnaires à 90/10

Pour que l’actionnaire minoritaire (10 %) perçoive 833 €, la société doit distribuer au minimum 8 330 € au total. L’actionnaire majoritaire (90 %) perçoit alors 7 497 €. Il récupère 249,90 € de précompte sur sa tranche exonérée de 833 €, mais les 6 664 € restants supportent 30 % de précompte, soit 1 999 € de charge fiscale définitive. Dans ce cas, forcer la distribution pour couvrir la tranche exonérée du minoritaire n’est pas forcément intéressant : le gain fiscal du minoritaire (249,90 €) est largement inférieur au coût fiscal supplémentaire supporté par la distribution globale.

 

Dividende VVPRbis : précompte mobilier réduit à 15 %

Les actionnaires de petites sociétés constituées depuis le 1er juillet 2013 peuvent bénéficier du régime VVPRbis. Ce régime permet de réduire le précompte mobilier à 15 % (au lieu de 30 %), sous certaines conditions liées aux apports en numéraire et à l’ancienneté des actions.

Ce taux de 15 % devrait prochainement passer à 18 % dans le cadre des réformes fiscales annoncées. Les distributions réalisées avant l’entrée en vigueur de ce changement bénéficient encore du taux actuel.

À savoir
Le régime VVPRbis n’est accessible qu’à partir du 3ème exercice qui suit celui de la constitution. Une société dont le premier exercice s’est clôturé le 31/12/2022 peut en bénéficier pour la première fois lors de l’affectation du bilan clôturé au 31/12/2025. Il est possible d’anticiper d’un an via un dividende intercalaire ou un acompte sur dividende.

 

Option 4 : verser un tantième

Le tantième est versé aux administrateurs ou gérants, en reconnaissance de leur travail. Il suit un chemin fiscal très différent du dividende. La société le déduit comme frais professionnel, ce qui réduit sa base imposable à l’ISOC. En revanche, le bénéficiaire supporte des cotisations sociales et l’impôt des personnes physiques au taux progressif.

Concrètement, le tantième fonctionne exactement comme de la rémunération, à une différence près : il est déductible pour la société lors de l’exercice N-1 (année de clôture du bilan), et taxé à l’IPP et soumis aux cotisations sociales pour le dirigeant l’année N (lors de sa déclaration fiscale personnelle).

💡 Conseil
Le tantième entre dans le calcul de la rémunération minimale du dirigeant, qui conditionne l’accès au taux réduit à l’ISOC. Si vous constatez au moment de l’établissement du bilan que votre rémunération est insuffisante pour atteindre ce seuil, distribuer un tantième peut vous permettre de régulariser la situation avant la clôture.

 

Quelles conditions respecter avant de distribuer ?

Ces conditions s’appliquent à toute forme de distribution : dividende, tantième, ou distribution d’une réserve de liquidation déjà constituée.

 

Le test de l’actif net : obligatoire pour toutes les sociétés

Toute distribution est soumise au test de l’actif net, que votre société soit une SRL ou une SA. Ce test vérifie que la distribution ne fragilise pas la société en rendant ses fonds propres insuffisants. En pratique, votre expert-comptable calcule le montant maximum que vous pouvez distribuer sans mettre en danger la structure financière de la société.

 

Le double test pour les SRL : actif net et liquidité

Les SRL doivent également satisfaire à un test de liquidité. L’organe d’administration rédige un rapport formel dans lequel il évalue si la société restera en mesure de payer ses dettes sur une période de 12 mois après la distribution.

Ce rapport engage la responsabilité des administrateurs. Une distribution qui respecte le test de l’actif net mais compromet la liquidité peut entraîner leur responsabilité personnelle, voire pénale.

 

Comment affecter le bénéfice de votre société : quel choix faire ?

Il n’existe pas de réponse universelle. Votre situation personnelle, l’âge de votre société et votre horizon de temps sont les trois facteurs décisifs. Voici quelques profils concrets pour vous aider à vous positionner.

 

Votre société a plus de 3 ans et remplit les conditions VVPRbis

C’est le cas le plus favorable pour une distribution immédiate. Vous pouvez sortir votre bénéfice sous forme de dividende à 15 % de précompte mobilier (taux susceptible de passer à 18 % prochainement). Sur 10 000 € de bénéfice net distribué, vous percevez 8 500 € net. C’est une option simple, rapide et fiscalement compétitive.

 

Votre société a moins de 3 ans

Le régime VVPRbis n’est pas encore accessible. Distribuer un dividende vous coûte 30 % de précompte mobilier. Dans ce cas, deux stratégies sont pertinentes.

  1. Affecter le bénéfice à la réserve de liquidation dès maintenant. Vous payez 10 % de cotisation distincte aujourd’hui, et vous pourrez distribuer à 6,5 % (ou 9,8 % prochainement) dans 3 ans.
  2. Reporter simplement le résultat et attendre que le VVPRbis devienne accessible.
💡 Conseil
Reporter le résultat et attendre le VVPRbis est souvent plus efficace que payer 10 % de cotisation distincte maintenant pour un résultat similaire. Exception : si vous n’avez pas besoin de sortir l’argent avant la liquidation, la réserve de liquidation reste imbattable à 10 % au total.

 

Vous approchez de la pension et n’avez pas besoin de liquidités immédiatement

C’est le profil idéal pour la réserve de liquidation. Chaque année, vous affectez le bénéfice à cette réserve. Vous payez 10 % de cotisation distincte au fil des années. Lors de la liquidation de la société, vous récupérez la totalité de la réserve sans précompte mobilier supplémentaire. Le coût fiscal total se limite aux 10 % déjà payés, contre 30 % (ou 15 % en VVPRbis) pour un dividende.

 

Votre société ne remplit pas les conditions VVPRbis

Certaines sociétés ne peuvent pas bénéficier du régime VVPRbis : constitution avant le 1er juillet 2013, apport en numéraire non entièrement libéré, ou parts non détenues par le même actionnaire depuis leur émission. Dans ce cas, la réserve de liquidation est l’option la plus avantageuse pour distribuer du bénéfice. Elle permet de ramener la charge fiscale globale à 15 % (ou 10 % à la liquidation), contre 30 % pour un dividende ordinaire.

 

Votre rémunération est insuffisante pour bénéficier du taux réduit à l’ISOC

Si au moment de l’établissement du bilan vous constatez que votre rémunération n’atteint pas le seuil minimum requis, mais qu’il ne manque pas grand chose, nous vous conseillons de verser un tantième pour combler la différence. Cela vous permet de bénéficier du taux réduit à l’impôt des sociétés, ce qui compense le coût fiscal du tantième.

S’il reste encore du bénéfice après ce tantième, les cas précédents s’appliquent : report, dividende VVPRbis ou réserve de liquidation selon votre situation et votre horizon de temps.

 

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